28-11-2022 : catégorie neuroscience étiquetée Oradour sur Glane

Dernière partie : Neuroscience 2

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Je m'interroge sur la place grandissante que prennent les neurosciences dans l'époque actuelle:



Les neurosciences permettent de disséquer de façon non intrusive les "activités" du cerveau pour en savoir plus sur sa place dans l'organisation vivante, et cela surtout chez l'humain. Elle permettent de révéler ce qui était non visible jusqu'à l'avènement des techniques d'imagerie ou plutôt des technologies d'imagerie.

Ces technologies sont issues des potentialités offertes pas la connaissance de la matière et de la matérialité, capable d'offrir des réponses quand elles sont soumises à des forces extérieures.

Autrement dit dans une IRM ou autre on place la matière de votre corps dans un contexte où on va la solliciter afin de pouvoir lire comment votre matière à vous est organisée in situ ou comment elle s'organise dans tel ou tel cas. Cela renseigne sur d'éventuels troubles.

Par exemple : vous n'arrivez pas à croquer une pomme ; on commence par regarder si vous avez les incisives... mais vous ne voulez pas desserrer les lèvres... alors on va préconiser la radiographie... S'il faut pousser plus loin (on a constaté la présence des incisives) le corps médical compétent va chercher les pistes éventuelles connues et vous proposer de faire une scintigraphie pour observer vos os, ou une IRM pour souligner d'éventuelles problématiques en trouvant des défauts tissulaires (muscles, os, tendons, ligaments, etc) ou encore un scanner pour déceler Alzheimer par exemple (on trouvera un petit dictionnaire courtement amoureux de ces techniques ici).

Qu'a-t-on fait avec toutes ces machineries ? On a regardé votre corps, on vous a ausculté à travers ce qu'on voyait de votre corps. Avant on vous avait demandé si vous aviez mal et vous aviez répondu non de la tête (donc vous entendiez et étiez capables de répondre, deux éléments en votre faveur dans le diagnostique). Et puis on avait décidé de pousser plus avant les investigations...

Et rien, rien n'apparaissait sur ces images de synthèse! Rien qui permettent de fonder un diagnostique relativement solide. On a pourtant fait le tour le plus complet possible de votre corps. On a même cherché Borrelia burgdorferi, on ne sait jamais ...


Mais, car il y a un mais, l'investigation est-elle allée assez loin sous prétexte qu'on avait épuisé l'arsenal à disposition dans l'état actuel des connaissances ? La réponse est évidemment non d'autant qu'en avant de tout cela on avait fait toutes les analyses imaginables : sang, lymphe, fond de l'oeil, ainsi que tous les dépistages de tumeurs, les analyses génétiques et les antécédents familiaux etc. etc.. On ne peut guère parler de maladie auto immune non plus ni de maladie rare voire totalement orpheline. On vous a même fait faire des tests psychologiques avec des grilles et des cases à cocher. Et rien, nada, nothing, toujours aucune piste : vous êtes en superforme corporelle, maintenant vous pouvez en être sûr !


Mais le symptôme persiste, et vous avez déjà consulté le médecin... La présence de la pomme vous clôt la bouche irrémédiablement !!!


Et voilà qu'un jour, loin de toute pomme, un ami parle avec vous, pas de pomme mais tout de même de tout comme de rien. De fil en aiguille il finit par vous poser la question qui trouble à propos de votre maladie. L'évocation même de la pomme dans votre imagination vous bloque la mâchoire. Pourtant, pas de pomme objet ou de pomme image à l'horizon, pas d'odeur de pomme, pas de croquement de pomme : c'est en vous que ça se passe !


Et c'est où, en vous ?


Les machines ont tout regardé, sauf vos rêves, vos ambitions, vos espoirs. Elles n'ont pas non plus regardé qui vous êtes, comment vous bougez, votre démarche, le son de votre voix, comment vous parlez, comment vous faites des choix, comment vous pensez, comment vous mastiquer quand ce n'est pas de la pomme !


Elles ne savent même pas comment se présente à votre entendement ce que vous voyez, dont les pommes (que fait l'image de la pomme en vous ?).


Votre problème avec les pommes, s'il n'est pas dans votre corps, est dans votre être, c'est être que vous êtes et qui habite le corps qu'on a ausculté sous toutes les coutures.


Mais (encore ?... non c'est pour une autre raison), laissez-moi vous compter une expérience personnelle dont je me serai bien gardé de parler il y a seulement une dizaine de mois.


Ma pomme à moi, c'était un nom. Oui, un nom. Un mot pour désigner un lieu. Et ce mot c'est "Oradour-sur-Glane". Le fait même d'y penser, là dans ce blog, me fait frissonner, je suis parcouru jusque dans mon corps par une émotion légère. Il y a plus de dix mois, ce même mot provoquait une réaction violente avec des pleurs incroyables. Aujourd'hui, je peux l'entendre à la radio, je peux même l'évoquer sans me sentir concerné plus que cela, une émotion légère.


Je suis du Limousin, né en 1958 à Limoges à une vingtaine de kilomètre d'Oradour. Tout le monde sait ce qui s'est passé là-bas (je frissonne un petit coup). C'est un village qui s'est figé dans l'histoire depuis le 10 juin 1944 (je viens de regarder la date). Les gens vont par milliers tous les ans visiter ce lieu de mémoire.


Au printemps dernier, je prends la route de Limoges à Oléron. J'ai le temps. Je vois le panneau Oradour/Glane. Émoi. Je quitte la voix rapide. Je file à travers la campagne. J'arrive. Je me gare. Je descends de la voiture, je descends au centre de mémoire que je traverse sans rien regarder des horreurs qu'on affiche pour saisir le public. Je traverse le village au pas de course presque, disons rapidement, sans flâner. Je suis déjà passer dans ce village fantôme voilà plus de trente ans et cela avait été insupportable, j'avais mis un terme à ma visite. Cette fois je fonce en aveugle vers le cimetière. Je tourne en rond au milieu des tombes sans les regarder, sans les voir presque. Tout à coup, l'émotion me tombe dessus, extrêmement violente. Au milieu de nulle-part un arbuste pousse (3-4 ans), il m'interpelle. L'émotion décroît quand je m'en éloigne, augmente quand je m'en rapproche. À sa base une vielle pierre tombale. Je ne sais pas pourquoi je suis là, je ne sais quoi faire mais je sais que je pleure, tout seul en cette heure matinale où peu de visiteurs traînent dans le centre fantômatique. Je demande pardon sans trop savoir à qui ou à quoi ni comment ni pour quoi ...


Tout à coup, tout cesse, je m'allège, c'est fini. Et maintenant je suis libre d'Oradour...


Certains diront que c'est ou plutôt c'était psychologique... d'autres que c'était somatique... d'autres ne diront rien mais n'en penseront pas moins et d'autres n'entendront même pas le fond de cette histoire dans ma vie. Aucune machine ne saura même que dans mon être je portais un fardeau et que ce jour-là je suis allé le déposer.


Je ne sais toujours pas quelle était cette charge émotionnelle et j'ai l'imagination trop fertile pour oser avancer une certitude, mais une chose est sûre, je suis né en 1958 et le village où je me suis libéré est mort en 1944 !


Maintenant, j'ai ou je suis mon chat de Schrödinger... mort (peut-être) et vivant en même temps pour Oradour, j'ai ou je suis mon propre principe d'incertitude de Heisenberg.


Les mots "Je" et "mon" employés ici se rapportent à moi (sans égocentrisme) en tant qu'être.


Et les neurosciences dans tout ça, après tout c'est le titre, non ?


On en parle la prochaine fois, d'accord ?



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