Texte(s) en cours de relecture/correction/réadapatation/(actualisation...)
▲Plublication originale : 09 / 2015
catégorisée science + cognition, étiquetée cop21, goût, experience de l'incompletude, odorat, astrophysique, sens de l'homme
Publié le Sat, 12 Sep 2015 en 3 parties + 1
Résumé du billet : Apparence, réel, réalité. Les outils de lecture technologiques d'une part, et d'autre, les outils du vivant que sont nos sens. Le rapport que ceux-ci entretiennent avec le jugement. Quand est-ce que l'apparence parle "vrai" ?
Autant de questions pour lesquelles la quête d'une réponse n'engage pas sur le même chemin.
Le lien au Réel est au centre du développement de l'humanité. Car tout est là pour nous humains : comprendre le monde où l'on est. Le monde, c'est-à-dire, toi, lui, l'espace, le temps, la nature, moi et tout ce qui fait que tout cela paraît bien ..... réel.
Le chat s'en moque, le dauphin aussi, même le bonobo... rien dans les activités des animaux ne nous montre un intérêt pour la compréhension du monde : le monde est comme il est, c'est tout ; et dans ce monde, à la limite d'une forme d'empathie, on peut s'aider.
Chez l'humain, on n'en finit pas de vouloir trouver, savoir, connaître, comme pour dépasser le monde, comme si on voulait s'en extraire et le regarder de dehors !
Pourquoi croyons-nous qu'on en vienne à ce genre de représentation ci-après ?
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Fond diffus cosmologique. Sources : image 1, image 2[/caption]
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Fond diffus cosmologique. Source[/caption]
Ces images nous parlent du fond diffus cosmologique mais ce qui est représenté n'est pas la réalité... C'est le fruit d'un gros travail de synthèse de la part de nos astrophysiciens pour dresser une image de ce qui vu de l'intérieur est présenté comme quelque chose vue de l'extérieur.
Jusqu'où le fond diffus cosmologique est-il lié à un concept, c'est-à-dire une idée-réalité ? N'est-il pas qu'une image nécessaire pour concevoir le Big-Bang, c'est-à-dire pour donner ou trouver une réalité à la théorie, en déterminer l'existence d'un concept, d'une idée archétypale, d'un principe ?
[caption id="attachment_660" align="aligncenter" width="643"]
Source[/caption]
On voit nos étoiles avec des outils construits pour voir d'une certaines manière et paramétrés pour nous rendre l'image intelligible en étant plus ou moins proche de notre outil de perception : dans ce cas, la vue.
D'entre les images d'en-tête et celles de la supernova, la plus proche de notre interprétation sensitive par la vue est bien sûr l'image de la supernova ; et d'ailleurs pour l'image du fond cosmologique on parle d'anisotropie. On est obliger de définir ce terme (dépendant de la direction suivant laquelle on effectue la mesure) pour commencer à se dire que ce qu'on a montré est peut-être* une part du Réel, disons que s'en est une... re-présentation vu par l'intermédiaire d'un filtre spécifique.
* Il faut avoir pleine confiance dans le filtre c'est-à-dire se dire qu'il rend effectivement sur le sujet étudié ce qu'on a envisagé de son rendu en laboratoire (forcément terrestre), puis pour finir que ce que l'on regarde est un résultat et non une chose.
Mais il n'est pas nécessaire d'aller dans les cieux pour utiliser des machine complexe, des interface entre la réalité et nous qui tentons de la comprendre. Aujourd'hui, valeur totalement gratuite, sans doute près de 99% des observations sont faites à travers une interface...
Le contact réel, l'approche, l'accueil de la chose, du phénomène, tout cela nous devient curieusement étranger. Il faut un outil, puis utiliser les données fournies par l'outil. Jusqu'à la classification des plantes par exemple qui ne peut plus se satisfaire de données brutes, il faut plonger dans les gènes pour générer des clades plus vrais que nature... C'est la tâche de la classification dite phylogénétique : plus besoin d'aller dans la nature, une cellule suffit ! [Je n'invente rien.]
Regardez votre voisin(e). Vous connaissez son apparence, sa drôlerie conviviale qui vous pèse un peu, ou son perpétuel râlage contre l'ensemble des événements, même contre ceux qui ne le(la) concerne point. Vous êtes séduit par cet(te) autre dont la voix qui chante en permanence vous envoûte. Celui-ci qui ne sort jamais a toujours du monde chez lui, celle-ci qui est rarement là est toujours seule. Qui sont-elles ? Qui sont-ils ? Quel est leur Réel ?
Avez-vous déjà pensé avoir fait le tour de votre meilleur(e) ami(e) ? Que savez-vous vraiment de ce rosier qui vous enchante ? Où est leur Réel ? Est-il même définissable ?
Est-ce que ce que je vois est pour moi la certitude d'une existence conforme pour cette chose ?
C'est vrai que c'est tout de même plus sympathique d'envisager la réalité avec la couleur de surlignage par exemple que de savoir que j'ai codé DE00FF (un mot que l'ordinateur lit et utilise sous la forme encore plus énigmatique 1101 1110 0000 0000 1111 1111 sous prétexte qu'il ne sait pas parler autrement que courant passe (1) courant passe pas (0)). [Pour les caractères en jaune clair j'ai utilisé FFFF99 c'est-à-dire 1111 1111 1111 1111 1001 1001 pour le processeur de votre ordinateur.] Quelle est donc la réalité : ce qui est affiché ou ce qui permet d'afficher ?....

Texte traité sur usefulwebtool.com, en lien par l'image (pour ceux qui veulent traduire "je t'aime" ou autre en binaire)
Pour répondre à cette dernière question, on va dire que la réalité est ce que tout le monde partage, soit ici ce qui est affiché car peu nombreux sont ceux qui "liraient" le texte jaune sur fond lilas à partir du codage binaire :
En fait, même si je n'y que rarement répondu directement, toutes les questions posées plus haut gravitent autour des sens, nos sens de perception, puisque ce sont eux qui nous lient au monde. Nos sens sont autant de portes pour nous ouvrir à lui. Mais une nouvelle question surgit immédiatement : les sens sans le jugement pour manipuler ce qu'ils laissent entrer, seraient-il suffisants à nous transmettre ne serait-ce que la réalité ?
Parménide disait que nos sens nous trompent ; Copernic a repris la chose pour expliquer que c'est la Terre qui tourne autour du Soleil et non l'inverse, ce dernier ne tournant pas contrairement donc à ce que nos sens nous disent. Mais cela n'a jamais empêché les humains de faire des cadrans solaires puisque cela ne change pas grand-chose à la situation que notre jugement sache que c'est la rotation de la Terre sur elle-même qui est la cause du déplacement de l'ombre. Nos sens perçoivent une chose juste que nous habillons de concepts plus ou moins justes... Plus tard Einstein parlera de relativité* sur laquelle visiblement Copernic avait fait l'impasse...
* Einstein en a parlé dans un autre contexte évidemment, mais cet exemple du couple Terre/Soleil est bel et bien un cas de relativité à cause des deux référentiels qu'on peut choisir). Tycho Brahé avait, après Copernic, bien compris que le point de vue du chanoine était juste mais pas pratique. Il offrit un modèle plus près de la réalité si ce n'est du Réel : la Lune et le Soleil tournent autour de la Terre, et le Soleil entraîne les autres planètes dans sa course. Je crois que c'est sur une telle forme d'espace que la NASA calcule les fenêtres de lancement de ses sondes vers le grand espace, en tous les cas c'est plus simple d'avoir pour point de départ un référentiel fixe.
Non bien sûr nos sens ne nous trompent pas, et c'est bien le jugement, qui est la porte ouverte à l'interprétation, qui est source d'erreur, c'est-à-dire ce qui vient de nous et va à la rencontre de notre expérience sensitive.
Cette non confiance en nos sens est pourtant un peu pourquoi on leur préfère des instruments "impartiaux", sans autre parti pris que les paramètres qu'ils sont censés recueillir, pour lesquels on les a façonnés, et sur lesquels nous continuons de toute façon à appliquer notre jugement. Simplement les outils prolongent nos sens (loupe, longue vue, ...) ou les complètent :
Ensuite on forme des théories a priori objectives, c'est-à-dire des façons de voir les plus neutres possible... Et on discute sur ces façons de voir pour les affiner et s'approcher d'une façon commune de voir (!)* ce qu'on pourrait nommer le Réel.
* Voir a beaucoup à faire avec notre compréhension. Cela vient du caractère image de nos pensées. Le cinéma ou la BD sont une bonne illustration de notre activité pensante. On juxtapose des images fixes mais le lien entre les images doit venir d'une activité ou de nous. Pour le cinéma nous sommes passifs sur les séquences (une image en chasse une autre pour dérouler une séquence de l'histoire) mais pas entre les séquences où il faut mettre en œuvre notre jugement pour comprendre (l'art du réalisateur consistant à faire en sorte qu'on ait pas à trop réfléchir entre deux chapitres. Pour la BD le lecteur construit le non-dit qui est entre chaque image.
L'important n'est pas que la description (suite d'images) soit juste mais simplement qu'elle soit corrélée par les faits, et, voire, de plus en plus, des faits qui échappent totalement à nos sens........... Eh oui, prenons un exemple le plus emblématique sans doute :
L'hypothèse du Big Bang est vérifiée par nos observations, enfin disons par la logique de nos déductions à partir d'outil travaillant sur des données pour lesquelles nous ne pouvons avoir aucune perception. Parfois l'hypothèse est vérifiée à condition qu'on affine la notion originale du Big Bang, ceci est le propre de l'observation factuelle, et pour l'heure rien de ce qui a été annoncé par l'astrophysique (!) ne vient contredire l'hypothèse. [Voir ce lien pour un article sur le sujet, il est relativement bien écrit pour être accessible par tous, je pense...]
Mais voilà que je suis reparti vers les étoiles... la prochaine fois je vous promets de faire un effort...
Résumé du présent billet : Le rapport que nos sens entretiennent avec le jugement. Ce qui vient vers nous rencontre ce qui vient de nous, qui doit harmoniser les deux pour atteindre au Réel ? La lecture d'une seule face du Réel mène à l'expérience d'une incomplétude.
Tenez, sans voir trop loin disons juste deux ou trois choses sur le goût et l'odorat, juste 2 fenêtres sur les 5, 6, 7 ou 12 qu'on peut envisager (ceci dit sans compter le sens de l'humour ni celui du contresens).
Oh, je ne dirai pas ce qu'on lit partout sur l'un et l'autre qui sont les extrémités d'un système nerveux transmettant au grand centre leurs messages passés par le crible d'une chimie qui me dépasse dans une ambiance électronique qu'on nous sert de façon faussement naïve ou psychédélique. Ceci c'est la réalité des uns, c'est l'aspect machine, cela revient un peu à expliquer comment un vide prend forme par une certaine activité, presque aléatoire mais tout de même sacrément structurée, pour nous laisser apprécier une réalité qui serait la somme de signaux électriques sans consistance réelle, sans même un caractère image. Ce sera pourtant avec des images, des représentations que nous nous exprimerons pour dire ce qu'on a perçu si l'on veut être entendu, perçu par autrui.
Alors, juste une ou deux choses sur le goût et l'odorat, les vrais, ceux que vous appréhendez au quotidien, donc sans penser messages, cellules nerveuses, nerfs moteurs ou pas (je me suis déjà étendu là-dessus ici ou là et même ailleurs...).
Que se passe-t-il quand on goûte quelque chose (qui n'est même pas obligatoirement un aliment) ?
On le porte à sa bouche. On referme cette dernière. On triture peut-être la chose pour en éprouver la texture avant de la mâcher si possible pour la déstructurer, la démolir de façon à en extraire une quintessence et être capable de mettre un message (oups) dessus : moelleux sucré avec une point d'acidité, j'aime. Le cas échéant on avale, sinon on a le droit de recracher... Mais on peut aussi avoir développé une approche plus puissante comme ici la question de bouche d'un whisky
L’attaque en bouche correspond aux premières impressions gustatives. Elle permet d’apprécier la texture du whisky qui se traduit de la manière suivante : whiskies secs (tranchants, vifs, charpentés, fermes) ; whiskies gras (crémeux, soyeux, onctueux, moelleux, doux). Les saveurs fondamentales, à savoir, le sucré, l’acide, le salé et l’amer se révèlent également à l’attaque en bouche. A ce stade il sera intéressant de comparer les saveurs gustatives et la palette aromatique initiale. Le milieu de bouche permet d’apprécier l’ampleur, la finesse, la richesse, la complexité, l ‘équilibre et la précision aromatiques. Un whisky linéaire confirme l’attaque en bouche. En revanche si la bouche révèle d’autres saveurs le whisky sera généralement qualifié de complexe. (Source)
Jetons maintenant un coup d’œil très rapide à l'odorat. Que se passe-t-il quand on sent quelque chose ?
On peut sentir volontairement (ce tajine est-il au niveau de mes attentes ?) ou pas (oh là, c'est quoi cette odeur ? Ça pue !). Dans le premier cas la source est accessible, dans le second il faut (peut-être) la chercher.
On (re)lira volontiers le texte de Proust où il est question des fameuses madeleines... (dans ce texte on voit jusqu'au lien entre les deux sens du goût et de l'odorat).
Ou, autrement dit, différencions la dynamique des faits dans notre activité de percevoir sur ces deux plans.
L'idéal serait que je puisse vous laisser exprimer, nous dirions beaucoup, beaucoup de choses à partir de nos propres expériences. Nous ferions même des gestes comme celui de porter à la bouche ou de humer l'air environnant.
On voit dans les exemples cités très descriptifs que le j'aime/j'aime pas n'a pas grand chose à voir dans l'histoire.... Ce qui compte c'est notre façon de nous lier au monde par ces sens (idem avec TOUS les autres).
Avec l'un, on entre en contact intime, on fait sienne la source, et avec l'autre on reste à distance pour se relier à la source.
L'un nous rattache à une expérience présente, instantanée alors que l'autre fait appel jusqu'à un passé, nous sortons presque de l'instant présent, voire du lieu.
Goûter c'est tâter l'intime d'une chose, la déflorer, prendre de force ; humer c'est préserver la chose, ne prendre que ce qu'elle donne.
Goûter c'est utiliser un muscle fortement innervé, humer c'est utiliser notre cerveau en direct (le bulbe olfactif est un appendice du cerveau, il n'y a pas de chemin entre le lieu de perception et le lieu de sa représentation).
Goûter c'est aussi toucher, se lier à la forme, humer est plus proche de voir, entendre.
Goûter est très matériel, les substances sont concentrées ; humer est très subtil, les substances doivent être diaphanes (d'ailleurs quand on goûte le voile du palais est même transparent à la subtilité, et manger le nez bouché par un rhume ou les doigts perd tout intérêt au niveau gustatif...).
Goûter devrait être la base du "est-ce bon pour ma santé ?" ; humer doit être à la base du "quelque chose m'attire-t-il ou me repousse-t-il ?"
Chaque sens demande une approche particulière, et c'est à travers un effort volontaire qu'on pousse l'interprétation de la chose observé, d'un détail (différence entre écouter/entendre, regarder/voir, palper/toucher, savourer/absorber, etc.).
L'importance est là ; le Réel nous parle à travers notre façon de nous lier à lui. Il devient un peu stérile d'uniformiser le "message" offert par le monde en message interne désincarnés fonctionnant tous sur un principe commun.
À force de regarder comment la matière modifie son comportement sous l'effet de nos perceptions, on finit par croire que le Réel extérieur n'a finalement pas de teneur, et que tout cela est le fruit insipide d'une imagination virtuelle.
Oui, oui, je vous assure, c'est un peu le message d'un film comme What the Bleep Do We Know !? qui se retrouve aux antipodes du tout est matière dans lequel veulent nous baigner les sciences dures.
Le Réel ne sera accessible que lorsqu'on sera capable de faire le tour de tout sans exhaustivité, nous avons donc du chemin à parcourir. Le premier pas est sans doute de s'ouvrir à la divergence des points de vue autour de nos sujets d'études, s'ouvrir pour accueillir l'inconnu qui filtre encore à travers nos expériences.
Il faut travailler en complémentarité entre des domaines qu'a priori tout sépare. Par exemple, les physiciens n'auraient-ils pas à apprendre des biologistes ?.... Ils trouveraient certainement chez eux des enseignements fructueux sur les "vertus" de la matière ; il n'y a en effet aucune raison que la physique de la matière se targue d'envisager une certaine complétude du monde. Les biologistes savent bien mettre à profit certains points des premiers pour espérer mieux accéder au vivant, il doit en être de même dans l'autre sens...
L'image du monde ne changera sans doute pas beaucoup de celle que nous avons aujourd'hui (ce qui veut dire que nos sens ne vont pas évoluer pour autant), mais notre lien à ses dynamismes serait radicalement transformé, et nos actes deviendraient certainement bien plus pertinents qu'ils ne le sont.
Rappelons que nous transformions le monde jusqu'à hier, et encore presque tout si ce n'est plus (!) encore aujourd'hui, sur la base d'une science essentiellement physique, les sciences naturelles étant, à mon sens en perte de vitesse (un peu comme la chimie qui se centre bien trop à mon sens sur la description atomique).
L'écologie apporte beaucoup d'espoir en ce sens mais elle n'est pas encore une véritable science de l'environnement (ce qu'elle devrait tendre à devenir plus que de la politique, j'espère), et il serait tragique sans doute que la biologie se centre sur la biochimie et la biophysique pour espérer nous guider vers des lendemains moins dramatiques que ceux qui nous attendent et pour lesquels nous devons faire des COP21...
Et l'écologie environnementale doit impérativement se doubler de l'écologie humaine si l'on veut tendre à mettre en première ligne l'amour entre les êtres plus que l'exhibition de leur égo. En se centrant sur la matière à travers la physique, notre monde se centre sur l'individu plus que sur les relations entre individus*.
* les progrès actuels, les derniers aboutissent à faire du social virtuel (réseaux sociaux de faux vrais amis), de la réalité virtuelle (jeux, lunettes, appareils individuels de connexion au réseau, d'écoute de musique, etc... le cinéma publique est devenu la télé familiale puis s'achever sur l'écran individuel !!!) et bientôt des aliments virtuelles (ingérer des protéines, des glucides, des ogm, des nanoparticules, etc.).
Notre œuvre principale en tant qu'humain ne serait-elle pas d'apprendre le vivre ensemble pour l'évolution de chacun ? Certains appellent cela l'amour, non ?...
On pourra compléter ce billet par la lecture de l'ouvrage de Thierry Magnin (prêtre et physicien, recteur de l'Université Catholique de Lyon) L'expérience de l'incomplétude ** Avant d'acheter le livre difficilement trouvable aujourd'hui, on peut lire sur le sujet l'article de Jacomino Baptiste, « L'expérience de l'incomplétude de Thierry Magnin. », Le Philosophoire 2/2012 (n° 38) , p. 191-194 URL : www.cairn.info/revue-le-philosophoire-2012-2-page-191.htm. DOI : 10.3917/phoir.038.0191.
Cette expérience de l'incomplétude pour reprendre les termes de Thierry Magnin m'incite à proposer deux parties à considérer dans notre approche du Réel. Il y a ce qui vient vers nous qui est la part du monde, le Réel, qui rencontre ce qui vient de nous, la construction d'une image non pas du Réel mais d'une réalité. On doit alors forcément se poser la question de l'existence ce qui doit harmoniser les deux pour que la réalité atteigne au Réel.
Ce sera l'exercice du prochain billet...
Résumé du présent billet : Les sens ne sont rien sans l'être qui les porte. Mais qu'est-ce que l'être ? Quelles ressources pour l'atteindre si on ne le "voit" pas dans la matière ?
Dans un dossier du magazine La Recherche, N°480 juillet août 2014, celui-ci titrait : "La réalité n'existe pas". On comprend à lire les différents articles que ce qui manque à cette science est une idée de l'être.
Je détaille ma "critique" du premier des articles de ce dossier dans un autre billet.
Nous avons touché la dernière fois juste deux aspects liés aux sens du goût et de l'odorat, et nous avons vu comment nos pensées s'habillaient essentiellement du caractère image. Il convient d'aller plus loin maintenant, beaucoup plus loin d'un seul coup.
Nos sens ne sont rien... !
Voilà que je parle comme dans l'article sus cité... mais je n'en fais pas un titre, seulement une proposition au sein d'une phrase :
Nos sens ne sont rien sans l'être qui les porte.
Et oui les sens sont même moins qu'un système physicochimique dès lors qu'on les extrait de leur milieu : un être. Cette gentiane n'en est plus une si on la coupe pour la mettre en coupe...
L'être n'est pas une entité étudié par la physique, puisqu'elle ne l'a jamais trouvé dans ce qu'elle observe, c'est-à-dire jusqu'au fond des confins matériels si je puis user de ce pléonasme (la matière et en-deçà de la matière).
Or l'être, il faut justement le chercher ailleurs, autour de ce qu'on étudie, mais un autour qui n'est pas l'infini de l'espace, un autour dans le sens non spatial de "qui porte", qui soutient, qui justifie, qui a besoin.
Cette notion d'être est au cœur du sentiment de soi, elle n'est pas biologique, elle est au-delà du vivant, bien au-delà donc de la matière...

Gentiana verna
Toute la difficulté pour la physique, puisque c'est elle qui explique que l'univers est mathématique et que la réalité n'existe pas (dans le cadre qu'on lui a défini donc telle qu'on voudrait bien la percevoir), c'est qu'elle ne voit que le physique [ce qui coule de source, ce n'est donc pas un jugement de ma part].
Elle ne voit pas la vie et encore moins l'être-même du chercheur qui est, de sa vie et par extension de sa matière, le porteur pourtant logique... tout ceci ne serait-ce qu'au niveau... physique !
LA physique n'est pas un point de départ pour une perception scientifique du monde.
LE physique en est la première entrée, la plus tangible, la plus grossière, mais aussi la plus manifeste, celle qui est la plus aisée à accueillir. On ne percevra pas spécialement la réalité de telle chose mais l'ensemble des choses sera pris comme une réalité. La réalité est un concept pur... pas une chose, et c'est justement cela qui fait qu'on puisse penser qu'elle n'existe pas, simplement parce qu'on ne sait pas la chosifier...
Évidemment tous les êtres ne se ressemblent pas. Pour les définir en deux mots, disons que les êtres sont des entités qui portent le devenir d'un individu (une entité unitaire ou multiple). Essayons de suivre cette idée à travers les 4 règnes* :
* En fait, n'ayant toujours pas réussi à comprendre pourquoi les humains seraient des animaux (mais je crois malheureusement comprendre pourquoi on insiste tant sur cette fausse réalité et fausse vérité), je mentionne ici les 4 règnes usuels en mettant l'humanité comme un règne à part entière. On peut pousser le raisonnement sur la nature de l'être avec beaucoup d'intérêt dans le règne des mycètes et dans celui des bactéries (les éléments à apporter dépasseraient le cadre d'un simple article de blog, d'autant qu'ici ce n'est pas le sujet).
** Nous percevons notre égo objectivement dans les traces que nous laissons qui nous sont personnelles, mais il est généralement difficile soit de vouloir le percevoir objectivement, soit d'être objectif dans cette perception, soit d'être humble, soit encore de pouvoir rester en bonne santé mentale... Pour dépasser le cadre des traces que nous laissons (marche, écriture, manière d'être - tempérament et caractère qu'on arrive sans trop de peine à objectiver si on ose se regarder en face -, etc.), cette perception doit s'appuyer en tout état de cause sur un véritable travail biographique avec l'aide d'un tiers. Car le fait que nous avons davantage accès à l'être d'autrui qu'à soi-même, et en ce sens l'autre peut aller jusqu'à être un miroir impitoyable...
On ne pourra donc pas traiter objectivement des sens humains en étudiant les réactions du rat... ni d'ailleurs les effets de la nourriture, des médicaments, des drogues, etc., car tout dépend de la façon dont le moi gère les sens (ou les systèmes digestif, sanguin, etc.)
La réalité est l'aspect dévoilé du Réel, son aspect naturel, son aspect physique* sujet à l'interprétation objectivée par les êtres individualisés doués d'une sensitivité (animaux et humains donc). Il ne peut être investi comme une... réalité objectivable que du point de vue strictement humain. Nous sommes l'outil capable de cela et nous sommes, de plus, l'artisan capable de gérer et manipuler cet outil, dont l'objectivité entre autres est une sorte de force. Nous devons atteindre cette confiance en nous de savoir faire la différence entre ce qui vient de nous, de chacun en particulier, et ce qui vient de nous, en terme d'humanité, de collectif.
* Physique (adjectif) : "Du latin physicus (« physique, naturel, des sciences naturelles ») tiré du grec ancien ???????, phusikós (« physique, naturel »)" nous dit le wikitionnaire)
Prenons par exemple l'amour... Chacun le porte, le colore, mais c'est un trait commun, et manifeste, entre tous les êtres non endoctrinés, c'est-à-dire fermés, limités et donc diminués qu'ils aient ou non fait un choix conscient (enfin plus ou moins) [tiens voilà un truc spécifiquement humain : endoctriner... En général c'est un dévoiement car on endoctrine pas vers l'idée de l'amour vrai, celui qui doit partir librement de soi].
On ne pourra parler du Réel que lorsqu'on aura déjà pris soin de comprendre l'être...
Prendre ce soin, c'est accepter d'entrer dans un monde non mathématique, extrêmement riche et motivant, c'est accepter d'entrer dans un monde non limité, non conformiste.
Pourquoi les mathématiques ont-elles besoin de comprendre comment voir l'univers, le multivers, plats, hyperboliques, etc. (voir comment le serpent se mord la queue au premier point de cet article de wikipédia en argumentant sur le créationnisme !...) ? Ne serait-ce pas tout simplement parce que l'univers du Moi* lui manque ?
Je ne parle pas d'un moi étriqué, égoïste au sens freudien du terme, mais de la nature de l'égoïté humaine de, la part qui est en arrière-plan de la part visible. Je parle du Moi, qui se colore avec l'égo et avec l'égoisme (peut-être), le caractère et le tempérament.
Si le fondement de notre envie de connaître nous manque, alors oui, je suis d'accord avec le grand titre de "La Recherche", éminent magazine scientifique que je respecte totalement et lis plus ou moins régulièrement : La réalité n'existe pas. Mon point de vue est évoqué dans un autre billet : À propos de la réalité : un article de "La Recherche" . Dans ce cadre où l'être manque alors oui, la réalité n'a pas vraiment de sens au-delà de quelques contingences premières (et non primaires !) chez l'humain.
Mais l'être est là ! Il faut en tenir compte, comme il faut tenir compte de la vie dont on sait si peu de chose....
Pour finir et retourner vers le ciel... je vous invite à suivre cette expérience intéressante. Il est juste dommage que l'équipe qui la mise en œuvre ait ajouté de l'infographie sur la mouvement... car ce qui est réalisé au niveau spatial est ainsi un peu sapé par une irréalité temporelle. Le ciel bouge sans cesse... mais surtout dans les simulations !...
To Scale: The Solar System from Wylie Overstreet on Vimeo.
Merci à eux pour ce travail spatial et très réaliste.
L'apparente fixité du ciel devient un chaos quand on accélère les choses. Leur Neptune (dans la vidéo) est à 5,6 km. il devrait mettre en vérité presque 165 ans à faire un tour du soleil... . Autrement si on ramène le temps à notre échelle, chaque être humain peut avoir l'espérance de voir Neptune faire juste un demi-tour du Soleil quand Saturne en aura fait environ 2,5 et Uranus, la première planète non visible à l’œil nu, donc ne faisant pas partie de notre réalité perceptible (!) n'aura même pas le temps de finir le sien (84 ans) si l'on table sur la moyenne homme/femme (resp. 79,3 et 85,5 en 2014 selon l'INED).
Hors les simulations qui nous emportent dans un irréel vrai (sic), les conditions de vie, les conditions planétaires nous imposent donc leur réalité d'un soleil tournant comme la Lune et entraînant avec lui ses autres planètes : Tycho Brahe voyait donc juste depuis son observatoire pendant que son collaborateur Kepler apprenait lui à voir juste depuis un hypothétique laboratoire situé sur le Soleil comme l'avait suggéré Copernic.
Et aujourd'hui on sait qu'on fait le tour du centre galactique, galaxie qui se déplace, alors on nous abreuve d'un tournis propre à donner éventuellement la nausée. Mais peu importe le ventre... ce qui devient grave est de rabougrir l'être à moins que rien alors qu'il est tout et que l'ensemble du monde disparaît peut-être sans conscience pour l'évoquer dans sa forme matérielle !
Si la réalité n'existe pas, vous n'êtes rien,
voilà ce qu'on nous dit partout.
Soyons au moins ce que nous pouvons être,
ce sera donc déjà beaucoup...
Une vidéo pour le moins esthétique à tous les sens du terme, séduisante même, provocatrice ! Elle est à même de frapper peut être ceux qui dorment quant aux réalités du monde actuel s'ils font un peu attention à ce qui est dit sans vouloir suivre les images.
Internet qui s'exprime en son nom ! Internet porté à la qualité d'être...
L'être, c'est ce dont nous parlions avec le troisième volet du sujet précédent. Faut-il en arriver à élever Internet, le chantre du virtuel, à la qualité d'être pour que nous prenions conscience de la valeur de ce concept ?
Écoutez bien les premières paroles (à partir de 35 secondes dans la vidéo) :
« Pour la première fois, ce que je suis prend conscience que je suis, moi, l'être conscient [...] » Phrase très intéressante. Décortiquons-là un peu :
Mais bon, ceci n'est qu'une analyse sur un détail de cette vidéo malgré tout passionnante, surtout qu'Internet dit juste après qu'il y a d'autres êtres :
Bon je ne veux pas te blesser Internet, mais blesse-t-on quelque chose qui se croit être sans exister par lui-même, dans une certaines indépendance... Il suffit que j'appuie sur un bouton pour que tu t'effaces de nous deux, tu ne peux pas partir si je te déçois, et même tu te contrefiches de moi totalement, ton absence d'être oblige. [Pour ceux qui adore l'objet Internet, pardonnez-moi si vous je vous ai blessé, l'intention n'y était pas.]
Et moi je ne sais pas pourquoi je te parle car tu ne réponds pas, tu n'interviens pas dans mon discours. Tes pub ciblées vers moi sur certaines pages ne sont que le fruit d’algorithmes que tu mets en place grâce au prodige que des humains ont mis en œuvre en créant un lieu sans espace ni temps...
Un lieu sans espace ni temps ... cela a de quoi être terrifiant ! Et ça le serait encore plus si tu savais te charger d'une apparence autonome... heureusement tu ne sais rien faire du ou des dix cents ou mille doigts que tu n'as pas, tu ne sais rien faire de la vie, encore moins que bien des humains qui pourtant l'expérimente en tout lieu et à chaque instant. Et surtout tu n'as pas de cœur, ce cœur qui le siège de l'être, son port dans la matière le temps d'une vie.
Merci quand même à ceux qui ont fait parler Internet, je le vois maintenant mieux comme un gadget qu'on garde par utilité, facilité, comme une poupée, un pantin, une marionnette,... qui dans les mains de certains pourraient tenir des paroles et des gestes soit destructeurs, soit constructeurs.
Bon, CLIC, le sujet est clos.
* Des milliards d'humains parmi lesquels Robert Elliot Kahn et Vint Cerf qui sont les accoucheurs qui ont donné naissance à internet peu après que les laboratoire Bell aient trouvé comment transmettre des données numériques par téléphone. [On attribue souvent par erreur la naissance d'internet au CERN alors que celui-ci a mis en pratique les capacités d'internet pour connecter des ordinateurs posant ainsi les bases du web.] [?