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14-03-2026 : catégorie Guerre étiquetée conflits actuels, gouvernement

La guerre, naguère & aujourd'hui

La guerre flotte autour de nous, voire chez nous, tout dépend de ce « nous ». L'humain serait le seul animal à se faire la guerre, à détruire de manière très finement pensée l'habitat de ses voisins homologues (oui, c'est vrai, comme... les termites font ça avec nos maisons) et cela pour des raisons qui échappent au bon sens. Bref.

« Les guerres n'enfantent que des orphelins »

Souad Massi (entendue sur France Inter)

Mon passé de guerre

Mon premier passé de guerre fut dans le ventre de ma mère qui a maintenant passé ses 96 ans. Mon père a été appelé en Algérie.

Je n’en ai pour ainsi dire rien su si ce n’est une blessure par balle qu’il avait à la jambe… ironie du sort c’est lui qui l’a tirée, malencontreusement. Il a évoqué une fois la gégéne (?), opération insupportable dont il avait été témoin, et surtout cette fois où ne s’étant pas réveillé, les autres hommes de son groupe l’avait oublié, ou laissé, peut-être en rigolant, il ne l’a pas su ; leur véhicule a explosé sur une mine, aucun rescapé !

Voilà mes souvenirs de la guerre d’Algérie, mon père refusait de parler de ce qu’il avait vécu là-bas, il resta ainsi seul sous un fardeau immense qui ne lui appartenait pas.


La gare de Limoges
Source : Destination Limoges

J’ai eu pendant longtemps mes deux grand-pères. Le père de mon père ne tenait pas en place, je l’ai peu connu ; par contre, petit, passé 7 ans tout de même quand tombent les dents et qu’arrive l’âge de raison, celui de comprendre, je me souviens de temps à autres que j’entendais des réflexions de mon grand-père maternel qui avait 10 ans en 1914 et donc 35 en 1939. Il était alors aiguilleur à la très belle gare de Limoges avec sa flèche élancée comme un clocher d’église et qui donne encore l’heure au quatre vents. Haut lieu de bombardements !!! Ça forge un homme, ça, non seulement en montrant qu’on n’a pas peur (même si c’est téméraire car le danger est objectif) mais surtout qu’on assume sa tâche.

Mon grand-père parlait moins de la première guerre qui prit fin au début de son adolescence [ 1 ]. Il a donc juste été forgé par l’enfance en temps de guerre.


« Les Sentiers de la gloire », Stanley Kubrick, 1957. © Collection ChristopheL © Bryna Productions
Source : Chemins de Mémoire (ministère des armées)

Oh, il n’en faisait pas son combat d’avoir vécu ces deux guerres mondiales, mais je comprenais lentement que cet état de vie n’est pas une vie ! Vivre en temps de guerre n’est une sinécure pour personne : ceux qui en sont revenus, ceux qui y sont restés ou encore ceux qui n’y sont pas partis. Voilà ce que je comprenais un peu. Mais surtout, dans son malheur, il souhaitait de tout cœur que, maintenant que le monde avait été deux fois en guerre, il ne le soit pas une troisième fois !

Le fait était qu’alors on parlait autour de moi de la guerre froide, la guerre de menace, de jaugeage des capacités de tous les camps par tous les camps. Dans ma tête d’ado naissant se déposait tranquillement l’assurance que la guerre de 39-45 était la dernière que l’humanité aurait à vivre. On ne s’était pas seulement tapé sur la tête pour un bout de terrain, on avait su créer l’enfer sur Terre : la Shoah !

L’extermination d’une frange de la population du monde, non parce qu’elle représentait une menace objective mais seulement parce qu’elle portait un passé spirituel !!! Passé qui comme tout passé n’avait plus lieu d’être sans doute ou probablement. On (les nazis) reprochait à ces gens leur religion !!! Ça, je ne comprenais pas… je comprenais juste qu’on était allé au bout du bout de l’horreur guerrière.

Pour moi, le catéchisme, c’était juste des histoires, vraies, mais des histoires quand même. En moi déjà devait naître ce sentiment que je pouvais aimer une histoire et même essayer de la vivre, personne ne devrait avoir quelque chose à redire dans ce cas. Les juifs n’embêtaient personne… Les nazis ne les haïssaient pas fondamentalement avec leur "humanité", ils faisaient pire en cultivant une haine envers eux parce qu’eux-mêmes étaient de race supérieure. En gros ils étaient les représentants de l’humanité ! (Ce qui veut dire en lisant entre les lignes qu’ils avaient peur que leur supériorité se perdent à force de mélange avec cette soi-disant sous-race-impure sans doute… Il aurait suffi qu’ils fassent attention avec qui ils sortaient ! Voilà bien une réflexion d’ado...

Que les juifs aient tort ou raison dans leur croyance, leur religion, le passé de leurs ancêtres, cela avait-il tellement d’importance qu’on voulût les détruire en pensant détruire leur histoire pour grandir soi-même. Quel gâchis d’âme !

En cette heure où je me remémore ce que mon grand-père avait l’air de vivre sans l’exprimer, j’ai l’impression qu’il a déposé en moi de la douleur, pas de la haine, juste de la douleur (image d’une larme qui a mouillé le papier en arrière-plan) et je lui en sais gré.

De temps en temps il parlait des boches voire de « ces sales boches ». J’ai mis longtemps à comprendre qu’il ne s’agissait pas des allemands, juste de certains allemands.

Nous n’avions pas de famille à Oradour-sur-Glane, village rasé de toute âme en juin 1944 par la division Das Reich de la Waffen-SS qui rentrait au bercail. Comme ça ! Ce n’était même pas de la guerre... et ce massacre, encore plus gratuit que celui des odieux fours crématoires parce que sans substance idéologique, revenait de temps à autres chez lui, mon grand-père, pour dire la douleur. Il rendait grâce en fin de repas à sa manière (il ne devait pas être le seul…) « encore un que les boches n’ont pas eu » !

La guerre aujourd’hui

J’ai mal de voir l’état du monde, mal au cœur ! Nos chefs d’état, s’ils n’étaient aussi cyniques qu’iniques ou sinistres, me semblent être des marionnettes, des pantins en bout de fils accrochés aux mains griffues et poilues du diable ! Oui ce sont des pantins, certainement des chefs d’états du genre solo… : L’état, c’est moi ! Aucun de ceux en cause dans les conflits actuels ou naissants n’a la carrure ni le charisme nécessaire pour tenir compte de son peuple, ou de celui qu'il attaque. Ils ne représentent que que leur pouvoir et ceux qui voudront bien les suivre. Ils n’ont pas d’éthique personnelle, pas de … cœur. Tous les autres, au moins la plupart, sont sous l’unique contrainte de l’économie, de la finance, du pouvoir, de la puissance. Je félicite l’espagnol Pedro Sanchez qui marque le pas sur Israël "pour mettre fin au génocide à Gaza" en rappelant son ambassadrice. Les autres européens sont mous... ou plutôt partagés entre un état colérique et un peuple qui n'a rien demandé d'autre que de n'être pas envahi !

La guerre n’est plus d’actualité

La guerre n’est plus d’actualité aujourd’hui, on a fait le tour de toutes les expériences nécessaires. On devrait avoir appris !

La guerre qui se développe aujourd’hui n’est que le fait de terroristes qui ne sont pas d’accord entre eux.

La guerre celle des temps d’ignorance, parce qu’on n’avait pas de quoi penser la Terre est ces populations comme une unité, est un archaïsme.

Le commerce est mondial, c’est tout… C’est fou, non ? Et les guerres font gagner beaucoup, beaucoup d’argent pour des gens qui n’ont pas d’état d’âme. De l’argent de destruction, puis de l’argent de reconstruction !!! C’est aberrant.

La diplomatie, qui devrait avoir saisi le flambeau après la guerre de 39-45, est devenue une pantalonnade. On ne discute pas : on se tape dessus. Enfin on tape sur les victimes collatérales, les populations, qui souvent n’ont rien demandé d’autre que vivre. Les chefs montent la garde, surveillent, calculent, gèrent. Mais les gens, ils n’en ont cure, les populations pourront à nouveau consommer quand il faudra reconstruire. Du boulot pour tous ceux qui restent, de quoi compenser les chagrins. Les populations ne font que trinquer dans les festivités des grands de la cour de récré. Chez les grands on se soutient entre potes, même si on trouve que l’autre va un peu loin. C’est qu’il y a des intérêts, des jeux de pouvoir, on veut sa part du gâteau… et puis on respecte la non ingérence dans les affaire d’autrui : c’est commode.

J’ai ce sentiment pour eux que mon grand-père avait pour ces boches ! Ce sont des gens qu’on ne comprend pas, qui souvent s’attribuent le pouvoir que personne ne leur a donné (même là où il y a élections démocratiques) pour en arriver-là. [ 3 ]

Je me demande s’ils ont atteint la maturité… oui, oui, je suis sérieux. Je crois qu’ils ont raté une marche. Oh ce n’est pas forcément de leur faute l’école est certainement la première à ne laisser aucune place aux quelques seules valeurs vraiment nécessaires avant les études supérieures, les seules qui construisent un être dans son humanité : l’émotion, l’empathie et la considération pour autrui. Au lieu de cela on met en tête de gondole la compétitivité !!! Seuls les premiers arriveront sur le podium : 3 ! Trois sur combien ? 3/300 ? Peut-être, cela n’a pas d’importance. Dans la nature rien n’est nombre, tout est vrai, et nous, humains, croyons un peu trop que formation est le maître mot à ne pas rater !!! Passe ton bac d’abord, tu verras plus tard su les poules ont des dents !

J’apprécie ces paroles de St Exupéry :

« L’enfant n’est que celui qui te prend par la main pour t’enseigner. »

«  … l’enfant était un miroir qui donnait un peu de vertige. Ou une fenêtre. Car toujours l’enfant t’intimide comme s’il détenait des connaissances. Et tu ne t’y trompes guère, car son esprit est fort avant que tu l’aies rabougri. "

Antoine de Saint-Exupéry, in Citadelle LXXXIII et CLVIII

Le monde que construisent les peuples (pas les gouvernants) a de fortes chances d’être relativement de celui que les enfants peuvent attendre, car les peuples sont faits d’humains en prise directe avec l’enfance, et qui se rappellent la leur.

Il suffit pour ça d’un peu de véritable démocratie avec une place importante pour le milieu familiale… et l'écoute plus ouverte des politiques.


Pedro SANCHEZ, encore lui...



NOTE(S)

1) Âges de la vie : Je pense que le monde d’aujourd’hui n’a pas évolué, tout du moins quant à la nature humaine… : l’enfance commence autour de la septième année et l’adolescence autour de la quatorzième ; ensuite on est bon pour une prise de maturité vers la vingt-et-unième ! Et cela fait longtemps que cela dure. Nous avons parfois l’impression que les enfants mûrissent plus tôt, ce genre d'affirmation n’est pas vrai.

Nous favorisons le développement de leur intellect ce qui nous les fait prendre pour plus mûrs qu’ils ne sont en vérité, ils restent davantage fermés, parfois toute leur vie, que ceux chez qui les valeurs vraies ont pu être expérimentées (et non "apprise" [ 4 ]). Ce n’est pas un effet de fond, juste un effet de surface… Ils nous tiennent la dragée haute parce que nous-mêmes nous nous rabougrissons, grisés par trop d’années perfusés à haute dose avec de l’intellectualisation. Le corps ne suit pas le mouvement imposé autrement qu’en sacrifiant des forces de vie parmi lesquelles la structuration du cerveau (en gros l’apprentissage des schémas par la répétition, la moutonisation… non, je crois pas que je vais trop loin) et cela pèse bien plus lourd sur la société qu’on le pense. Ce qu’on croit avoir gagné par le forcing scolaire et l’apprentissage forcé dont il fait sa fierté n’avance pas l’enfant, il le coupe dans son élan. Mieux vaut être alors cancre, car la pensée peut prendre son temps pour plus de liberté plus tard, elle est moins façonnée ! [ ↑ ]

2)Oradour : Pendant des années, entre mes 20-21 et 42 ans, l’évocation de ce nom, Ouradour-sur-Glane, le fait de l’entendre simplement, provoquait chez moi des émotions allant jusqu’aux pleurs comme une douleur abjecte que je n’avais pas vécue certes, comme une erreur chez l’humain. Je me suis guéri de ça (enfin je ne tombe plus au creux de la vague) en allant un jour visiter Oradour pour tenter de savoir, je n’ai pas « su » mais j’ai perdu là-bas un poids qui ne m’appartenait pas, ou plus... [ ↑ ]

3) Les politiques : Trouvez-vous sérieux les enfantillages à Nice entre Estrosi (30,92%) et Ciotti (43,43%) ? Des gens (74,35%) ont voté pour l’un ou pour l’autre, mais ils valent quoi en fait ces protagonistes niçois ? N'aurait-on pas dû laisser ces deux garnements continuer leur bagarre dans la cour de récré alors que toute la classe rentrait en cours ?...
LFI vs RN, il est où le dialogue qui devrait permettre un terrain d’entente au lieu d’un opposition farouche où l’on fait tout son possible pour ne rien apprendre de l’autre ?
Socialiste, centriste et droite modéré ? Ce n'est pas mieux mais plus tempéré : des esprits de clans chez eux aussi, car ils ne sont pas nombreux ceux qui, sur certains points, osent ne pas être d’accord avec la ligne du parti.

La population attend, je pense, que chacun assume sa place, mais si elle s’amuse des histoires entre clans ou individus, ils continueront à faire les pitres. Les meilleurs s’en vont, et s’ils n’ont pas la place qu’il souhaitait ils ont l’honnêteté intime de se taire de dépit (je pense à Lionel Jospin en 1981) ![ ↑ ]

4) Enseignement : Je me souviens des cours de morale… mais je ne me rappelle pas de la morale apprise. J’étais en primaire, à un âge où les subtilités de la vie sont encore fragiles. Les codes moraux sont reçus dans ce cas comme un dogme, comme il faut mettre le couteau à droite et la fourchette à gauche (sauf pour les gauchers ?…). Ils entrent par une oreille et sortent par l’autre, mais au moins le programme édicté par des sachants non actifs auprès des enfants a été réalisé. Aurais-je été différent si à la place des cours de morale on m'avait fait jouer des saynètes ? Certainement, car j'aurais alors appris dans le jeu la relation entre moi et ma communauté... [ ↑ ]