Sujet : CONNAISSANCE
Thème : Les tenants et les aboutissants des intelligences artificielle et humaine. On se glisse dans les méandres de nos sociétés occidentales jusqu'au Livre de la Jungle.
14-05-2026 : catégorie Analyse étiquetée IA, intelligence, penser, Disney, Kipling
Après ce tour de piste pour la démo, regardons de plus près l’enjeu actuel. L’Intelligence artificielle s’est vulgarisé, des serveurs dédiés permettent à tous de pouvoir jouer le jeu et d’alimenter la société en même temps que l’IA elle-même. Qu’est-ce que cela veut dire ? Quels sont les tenants et quels seront les aboutissements de la rencontre entre notre intelligence et ce qu’elle a produit, ce simulacre d’elle-même ?
Cette partie du sujet est assez simple, elle est objective. Dès l’heure où l’ordinateur a montré ses promesses, il nous a séduit, nous sommes tomber sous charme et aujourd’hui rien ne lui échappe. Après les babilles produits par l’ENIAC, une machine énorme sans mémoire… le premier ordinateur sera officialisé au lendemain de la guerre de 1939-45 : cette monstrueuse machine étrange était prévue pour faire du calcul balistique (angle de tir en fonction de la puissance de feu, de la masse de charge, pour aller choquer une cible donnée) ; et finalement elle n'aura pas servi la cause guerrière.

Le web regorge de récits de son histoire et de celle de ces descendants jusqu’aux minuscules puces d’aujourd’hui dont la capacité dépasse très largement toutes celles de leur premier ancêtre.
Personnellement, lors de mon expérience lycéenne et estudiantine j’ai côtoyé les premières machines outils toute automatiques. C’était formidable, parce qu’incroyable : la machine pouvait presque remplacer l’humain. « Presque » parce qu’il fallait des programmeurs, des régleurs et un surveillant qui s’assurait que la machine ne manque de rien, n’entasse pas sa production stupidement, et surtout il s’assurait que tout se passe comme prévu : un outil qui cassait pouvait vite transformer ce mini dieu en tas de ferraille ! Nos enseignants nous ont parlé des premiers robots capables de manipuler des pièces complexes comme un vilebrequin ou un arbre à came afin de le positionner correctement pour la suite de son usinage. J’ai vu lors d’un stage, totalement ébloui, ma premières tables de mesure en 3D pour le contrôles des pièces complexes, d’une précision micrométrique – 1/1000 de millimètre – ; 3 points de contact aléatoire à la discrétion du manipulateur lui permettaient de vérifier un diamètre inaccessible aux instruments usuels de l’époque, il pouvait même facilement voir d’éventuels défauts de rondeur)
Quand je suis entré en seconde (1974), l’ordinateur n’était encore pas du tout personnel, et de très loin… mais les calculettes n’étaient déjà plus mécaniques et bruyantes, elles étaient électroniques ! Ce n’était pas des ordinateurs capables de faire semblant de calculer en commandant ou pilotant d’autres machines, c’était juste des calculateurs simplissimes. Ma première calculette – en seconde – avait un affichage genre tube Nixie miniature.

L’année suivante mon écran à cristaux liquides (chiffres à 7 segments) ne consommait presque plus d’énergie (ces cristaux étaient connus depuis la seconde moitié du XIXe siècle Larousse ↗). Malgré tout pour le concours d’entrée à l’école d’ingénieurs en classe spéciale je n’ai eu droit qu’à la règle à calculer (outil génial où le 3e chiffre est à l’appréciation et où les puissances de 10 sont dans la tête, l’examen en « résistance des matériaux » demandait une précision à 4 chiffres significatifs...).
Qui peut prédire vers où nous allons ? Beaucoup de scientifiques s’inquiètent de la place qu’on octroie à l’IA…
Si dans les ateliers on constate que la productivité a été largement multipliée depuis ces 50 dernières années, on voit aussi que les hommes deviennent un peu les esclaves de leurs robots et autres machines automatiques mais plus du tout comme dans Les temps modernes de C. Chaplin mais les usines depuis les années 1970 sont devenues plus vivables qu’avant : lumière, son, atmosphère, sécurité (je me souviens de la visite d’une usine modèle en 1974-75 – pompes Guinard dans l’Indre).
C’est bien beau tout ça mais là, maintenant, on parle d’intelligence. Nous avons vu que celle des IA ne repose pas du tout sur un processus intelligent. Cela s’appuie d’une davantage sur une capacité à trouver des similitudes dans toutes la sommes des connaissances que nous avons mise en mémoire matérielle et d’autre part. La machine ne sait pas ce qu’elle dit au même titre que vous pouvait dire ce que vous savez en dépassant le « par cœur ». Elle ne comprend pas comme nous comprenons : « Ah, oui, ça y est, j’ai compris ». Même s’il lui reste à faire les preuves de cette compréhension l’humain vit un processus d’intelligence. En fait le robot intelligent est conditionné par ses promoteurs pour être efficace dans la recherche de convergence entre question, attente ou besoin et tout ce qui a été déjà évoqué sur le sujet. L’humain s’appuie sur sa vie, son expérience, sa capacité à exprimer ce qu’il conçoit et il peut faire appel pour ça à sa mémoire (comme chez moi tout à l’heure quand le mot « pompe guinard » m’est revenu Le Monde ↗ (article tronqué sans l’abonnement mais le début met dans l’ambiance).
L’humain a donc réussit à sortir de la nature pour entrer dans la société des sociétés où autour de 1850, il est devenu un pion accolé à des machines. Puis il a pris sa revanche sur le patronnât dictatorial sinon sur les machines elles-mêmes en acquérant des droits de vivre mieux pourrait-on dire, ou des conditions de vie plus humaines. Aujourd’hui, ce même humain à trouver le moyen de ne plus avoir à penser (et bien oui, c’est à cela que sert l’IA)…
Jusqu’au début du XXe siècle un homme pouvait porter des sacs de farine de 80 à 100 kg sur son dos. Dans les années 50 on est passé à … 50 kg pour en arriver aujourd’hui à 25-30. Si les machines font le travail à notre place, elles n’ont pas ces limites, ce qui nous arrange bien : on a plus de temps à passer devant la télévision ! Ceci, tandis que notre corps faiblit de plus en plus. Vous voyez où je veux en venir si la machine prend en charge notre faculté de penser, ou plutôt le simulacre de notre faculté de penser.
C’est vrai que c’est pratique de ne plus faire d’effort. Mais posons-nous la question : est-ce qu’un monde sans effort serait souhaitable ? Quand on s’interroge ainsi en étant fatigué, vidé on trouve cela souhaitable. Personnellement, ne rien faire me plaît en gros 5 minutes, au-delà, c’est rasoir… Faire une pause en rando, c’est rasoir, il me faut rester debout, tourner en rond, aller voir ça ou ci, ou me plonger en médiation. Rien faire est étranger à ma nature. Si je fais "rien" je deviens "rien", et c’est fort peu agréable.
Notre jeunesse passe son temps enfermée entre tous ses écrans à gober des vidéos à scroller sans fin, sans pensée, sans intelligence… notre monde se dirige vers la non activité, l’enfermement, l’inertie ! Il est parfois (très) dur de l’extirper de ce monde de fascination… La vie est le contraire de l’inertie (il suffit de regarder autour de soi au lieu de se placer en situation d’aveuglement).
Continuez à lire, à écrire, à chercher. N’abandonner rien sur l’autel de la technoscience et de l’industrialisation. Dans ce sens parcourez les flashs Libre-échange, tu parles et Salmonelle Mercosur il peuvent apporter de l’eau à notre moulin humain pour qu’il n’arrête pas de tourner.
Images non sourcées : (C) Patrick Roussel