21-03-2026 : catégorie Philosophie étiquetée perception, conception, femme, homme
Curieux titre pour certains… Simple titre pour d’autres… Titre indiquant une torture inutile pour un dernier tiers.
La question est venue comme ça, toute seule, toute nue dans mon âme. Il fallait que je la partage avant même d’avoir la réponse s’il pouvait en être une.
Je vous propose donc de suivre mon propos au risque de vous perdre en chemin.
Je suis souvent parti en montagne, seul, de nuit ou dans le brouillard pour arriver par-delà les ténèbres ou au-dessus nuées. Là, l’espace appartenait alors tout entier à la lumière qui bleuissait impeccablement l’obscurité étoilée du ciel ou l’oppressante grisaille de l’atmosphère.
C’est dans un semblable voyage que je vous embarque ici pour des contrées inattendues.
Je perçois, tu perçois, iel perçoit … C’est une évidence quotidienne, mais est-ce que nous percevons tous la même chose à propos d’un objet donné, ceci aux limites près de celles du sens sollicité ? Autrement dit : est-ce qu’une même chose crée chez tous la même impression ?
Le support, l’objet, nous est commun à n’en pas douter ; l’impression produite qui se forme alors en chacun demeure par contre forcément personnelle (comme un gâteau que je mange qui ne vous fera jamais grossir). Nous pouvons ainsi ingérer une part du même gâteau sans pour autant nous en faire tous (je, tu et iel) la même image ?
La réponse n’est pas si simple qu’il n’y paraît au premier abord :
La réponse est donc claire : Non, il n’y a pas d’absolu de la perception malgré l’unicité de l’objet et son aspect commun pour les percepteurs [ceux qui prennent, perçoivent quelque chose, une part de ce qu’ils observent...]. La perception est déjà propriété du percepteur avant même de l’avoir interprétée.
Le voyage pourrait s’arrêter là. Billet du blog de scIence terminé !
Oui, mais pourtant il y a justement l’unicité de l’objet considéré. Il n’ancre à priori qu’une seule réalité, non ? La sienne… Donc il n’y a qu’une seule perception possible si on arrive à n’avoir qu’un seul point de vue et des gens qui ont la même finesse d’observation et sont capables d’un même ressenti (à supposer que cela soit possible… or, cela ne l’est pas).
Ce qui nous rassemble, c’est la communauté de nos sens, chez tout le monde
Voilà certainement pourquoi on ne parle que des cinq sens alors que sur ce même blog nous en avons évoqué plus du double en quelques billets – revoir le premier. Ceux-là nous suffisent à faire le tour quant à l’expérience commune, alors que personne n’a accès à mon objet corporel interne ni à moi, sorte de non-objet sensitif et perceptif vis-à-vis de ce qui émane des autres égos.
.On peut voir dans cette liste que l’odorat relève plus de la subjectivité que les autres. C’est presque une sens interne, et, si on veut être objectif ici, il faut aussi parler du goût comme un sens très personnel. Les seuls sens vraiment objectifs restent le toucher, la vue et l’ouïe, ce dernier étant pour ce qui a trait aux sons extérieurs, ceux de la nature.
Les nez (personnes qui travaillent souvent en parfumerie) comme les œnologues (goûteurs de vins) vont sur la base de la finesse de leur perception et de leur expérience pouvoir grâce à un ressenti extrêmement cultivé enrichir leur image de la chose tout en ayant considéré la même chose que vous.
Donc en percevant on prend, on saisit, on conçoit… Une fois qu’on a pris avec soi, on a compris (comprendre = com-prendre => j’ai compris = j’ai pris avec moi, j’ai fait mien, je n’ai plus besoin de mécanismes cognitifs.
Par nos sens nous donnons ainsi un sens au monde dans son aspect personnalisé malgré l’aspect commun à tous d’un unique monde.
La perception est au cœur de l’évolution humaine : nous faisons quelque chose de nos perceptions, quelque chose capable de transcender la chose, elle est devenue plus qu’utile (donc plus loin que l’outil [1])., et, il est sans doute trop encore pour le comprendre, au cœur de la vie de la planète ! Mais ceci est une autre histoire.
L’humain est le seul être piloté par le désir de grandir. Le présent ne lui suffit pas. Il est tout entier tendu vers demain. Il « doit » prendre en lui le monde, le reconnaître, percevoir l’écho qui naît de sa façon d’approcher tout ce qu’il rencontre.
En ce moment la guerre rode ou s’affiche sans pudeur, mais les chefs d’état se bougent peu, disons un peu ironiquement tiraillés entre vendre des armes ou reconnaître le génocide de façon indignée. L’espagnol P. Sanchez à réagi et iels ont le courage de ne pas vouloir s’abaisser devant ce que la raison usuelle, la raison des clans voudrait qu’iels comprennent. Comprendre, com-prendre, comme nous le disions juste un peu plus haut déjà sous cette forme, et le pas suivant celui de perception (=concevoir à travers nos sens)… Pour Sanchez, sa conviction et sa conception semblent avoir pris la tournure la plus humaine.
La chose qui doit arriver, c’est qu’en comprenant à force de perception (et pas que par les sens physiques !), nous finissions par entendre ce qui vient vers nous comme un écho. L’écho est toujours ce qui vient de nous et vient de l’extérieur (presque) en même temps. Le mauvais côté étant de ne pas prendre parti clairement, et le bon de se positionner dans ce qu’on a d’humain.
Vous pouvez avoir l’impression que je ne sais pas trop ce que je vous raconte… mais j’ai l’impression que mes derniers billets convergent vers une situation nouvelle pour nous, une situation envisagée depuis des siècles.
Ce qui se passe au Proche-Orient avec B Netanyaou, comme entre Ukraine et Russie (ou plutôt Ukraine et V. Poutine) pourrait bien être le facteur déclenchant pour un choc des consciences, le coup de gong qui doit réveiller les âmes. Une page se tourne dans notre histoire : soit on casse tout, soit on détend tout ; cela ne pourra pas se faire au ralenti.
Pour l’heure, sur une même base de perceptions des nécessités de l’Histoire humaine, il y a des extrêmes : ralentir ou accélérer ? That is the question ? Il est inutile que les uns veuillent faire comprendre aux autres leur point de vue, ce sera juste un dialogue de sourds ou, pour être plus politiquement correct, de mal-entendants. Nous ne sommes pas assez "forts" pour y arriver par nous-mêmes… mais nous avons derrière nous deux à trois millénaires de guerres, nous devrions donc réaliser que cela ne marche pas !
Nous devons changer d’attitude intérieure vis-à-vis d’autrui. Rien d’autre. Et ça, c’est déjà en nous, dans nos cordes, il suffit juste qu’on le veuille, président·e·s, gestionnaires, chef·fe·s ou individu des peuples.
Nous savons qu’une guerre (ou même une simple coupe du monde) ne fait jamais de victorieux pour longtemps. Quelle est la satisfaction de la victoire si en face, dans la défaite, il y a la douleur, le sentiment d’oppression et bien d’autres formes ?
Agrandir un territoire c’est forcer une union, non ? L’assailli est-il consentant ? Non ! Je croyais naïvement que nous en étions là… On voit toutes les sociétés qui était machiste se positionner dans le respect des droits des femmes c’est-à-dire, dans l’équité homme-femme, mais aussi dans l’incolorité de la peau, la taille des fesses, comme pour la couleur des yeux. Selon mon impression, les hommes se sentent libérés de cette pseudo supériorité que les siècles leur ont offert. Un jour nous comprendrons pourquoi nous avons dû en passer par cette épreuve, et non compagne de même, sans doute une épreuve encore plus forte. Elles sont, ne l’oublions plus jamais, celles qui portent la vie en elle, c’est ce qui certainement les a aidées à supporter tous ces siècles d’infini servage comme le chantait un certain Jean Ferrat (la femme est l’avenir de l’homme) lien audio
Les droits de l’humain (je me refuse à garder le terme d’Homme même avec sa majuscule) sont un acte qui a été posé historiquement puis universalisé. Va-t-on les bafouer encore longtemps ?
Ceci n’est pas une perception, mais c’est ce que chacun peut sentir en lui, observer placidement et sur quoi iel peut s’appuyer pour concevoir demain. Nous savons tous la solution à nos problèmes égoïstes, donc séparatistes, donc repoussants, donc haineux… La haine ne grandira jamais quelqu’un. Un seul état le peut :
Pas le grand ou celui pour faire (semblant de faire) des bébés, non, l’amour juste le côté lumineux et chaleureux. Il n’est pas l’inverse de la haine, il doit en être la métamorphose Pour l’heure, selon les situations nous avons trop facilement la perception que la haine est plus forte, puissante que l’amour. Nous ne devons pas opposer haine et amour comme on oppose nord et sud sur l’aimant ; dans ce cas la chose, c’est l’aimant tiraillé entre les deux et se refermant sur lui-même par les deux pôles.
Dans tout métamorphose, il y a abandon de la forme antérieure et nouveau départ dans celle qui se profile. Il n’est pas possible de faire des prospectives sauf sans doute celle-ci :
Terminons avec Aragon in extenso dans un poème où beaucoup se diront qu’il nous vante et nous vend l’homme :
Comme à l’homme est propre le rêve
Il sait mourir pour que s’achève
Son rêve à lui par d’autres mains
Son cantique sur d’autres lèvres
Sa course sur d’autres chemins
Dans d’autres bras son amour même
Que d’autres cueillent ce qu’il sème
Seul il vit pour le lendemain
S’oublier est son savoir-faire
L’homme est celui qui se préfère
Un autre pour boire son vin
L’homme est l’âme toujours offerte
Celui qui soi-même se vainc
Qui donne le sang de ses veines
Sans rien demander pour sa peine
Et s’en va nu comme il s’en vint
Il est celui qui se dépense
Et se dépasse comme il pense
Impatient du ciel atteint
Se brûlant au feu qu’il enfante
Comme la nuit pour le matin
Insensible même à sa perte
Joyeux pour une porte ouverte
Sur l’abîme de son destin
Dans la mine ou dans la mâture
L’homme ne rêve qu’au futur
Joueur d’échecs dont la partie
Perdus ses chevaux et ses tours
Et tout espoir anéanti
Pour d’autres rois sur d’autres cases
Pour d’autres pions sur d’autres bases
Va se poursuivre lui parti
L’homme excepté rien qui respire
Ne s’est inventé l’avenir
Rien même Dieu pour qui le temps
N’est point mesure à l’éternel
Et ne peut devenir étant
L’immuabilité divine
L’homme est un arbre qui domine
Son ombre et qui voit en avant
L’avenir est une campagne
Contre la mort Ce que je gagne
Sur le malheur C’est le terrain
Que la pensée humaine rogne
Pied à pied comme un flot marin
Toujours qui revient où naguère
Son écume a poussé sa guerre
Et la force du dernier grain
L’avenir c’est ce qui dépasse
La main tendue et c’est l’espace
Au-delà du chemin battu
C’est l’homme vainqueur par l’espèce
Abattant sa propre statue
Debout sur ce qu’il imagine
Comme un chasseur de sauvagines
Dénombrant les oiseaux qu’il tue
À lui j'emprunte mon ivresse
Il est ma coupe et ma maîtresse
Il est mon inverse Chaldée
Le mystère que je détrousse
Comme une lèvre défardée
Il est l’œil ouvert dans la tête
Mes entrailles et ma conquête
Le genou sur Dieu de l'idée
Tombez ô lois aux pauvres faites
Voici des fruits pour d’autres fêtes
Où je me sois mon propre feu
Voici des chiffres et des fèves
Nous changeons la règle du jeu
Pour demain fou que meure hier
Le calcul prime la prière
Et gagne l’homme ce qu’il veut
L’avenir de l’homme est la femme
Elle est la couleur de son âme
Elle est sa rumeur et son bruit
Et sans elle il n’est qu’un blasphème
Il n’est qu’un noyau sans le fruit
Sa bouche souffle un vent sauvage
Sa vie appartient aux ravages
Et sa propre main le détruit
Je vous dis que l’homme est né pour
La femme et né pour l’amour
Tout du monde ancien va changer
D’abord la vie et puis la mort
Et toutes choses partagées
Le pain blanc les baisers qui saignent
On verra le couple et son règne
Neiger comme les orangers
Louis Aragon, in Le Fou d'Elsa (1963)
1) utile, outil : L’outil est utile… il remplace ou soutient la main, voire le corps, prolonge la force et la démultiplie. « L’outil n’est pas le propre de l’humain » nous clame-t-on avec une pertinence bien peu réfléchie… L’outil n’est pas seulement l’objet en lui-même, mais aussi l'utilisation qu'on en fait (comme rentabiliser les gestes répétitifs). Le gypaète briseur d’os utilise la chute libre comme outil, la loutre de mer "fabrique" une enclume pour casser les moules sur son ventre... et quelques autres cas. L'humain a aussi inventé l'outil à usage unique grâce au plastique (sinon il réutilise tout outil, euh..., réutilisable). Bref, l'outil est relativement très typiquement humain. Quelques petites phrases notables sont à lire sur wikipédia pour faire votre propre jugement. [↑]
* Zadjal : forme poétique arabe du début du second millénaire, ici non respectée (voir ici)
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