Sujet : RÉFLEXIONS
Thème : Réflexion sur le cheminement en montagne
16-06-2026 : catégorie Montagne étiquetée randonnée, empressement, Krishnamurti
Il y a peu sur mon FaceBook est apparu un post de Gus le gus qui était remonté contre l'empressement et la performance en montagne. Il a dans sa vidéo une phrase jolie :
[...] Non, la montagne n'appartient pas à tout le monde, elle appartient à la faune et à la flore qui y vivent ["et aux autochtones", ndr], et nous nous devons tous de la respecter et de la comprendre.[...]
Je lui ai formulé la réponse (corrigée ici mais en restant dans l'idée exacte).
Par exemple, j'ai fait le "Mont Perdu" (années 80 du siècle passé...) avec des ados dans mon dos, juste derrière mon (gros) sac (en fait j'y suis allé 7 ou 8 fois je pense). À cette époque quand je les entendais dire "on a fait le Perdu" je leur disais que je pensais plutôt que c'était lui qui les avait aidés à se faire... Je me souviens de leur joie quand je leur disais "on arrive, la voie est libre, facile, profitez-en, je ne vous impose plus mon pas" et je leur cédais la place de devant.
On fait l'amour, le clown, la chantilly, Cyrano au théâtre, etc. mais pas une montagne (parfois, c'est presque ça... on EN fait toute une montagne).
Ceci dit même à 65 ans passé, j'apprécie de filer (vite) où je peux filer (vite) parce que cela fait partie de mon bonheur et pas du tout d'un exploit ou d'un empressement ni d'un retard à combler. Je suis même plutôt du genre "Allons lentement, nous sommes pressés".
J'avais trouvé sympa cette formulation dans le livre d'un guide qui racontait alors des péripéties avec un client sous l'arrivée du mauvais temps, j'avais alors relevée sa réflexion. En cherchant une référence sur le web j'ai vu que cela venait de d'Ormesson (sauf que le guide lui a dû l'écrire avant... tout en restant dans un discret anonymat).
Par"courir" une région, à pied, est une joie, un plaisir, essentiellement celui aussi de me sentir vivre depuis le dedans autant que depuis le dehors, c'est-à-dire en fait vivre à l'interface diaphane de ces deux mondes : lui et moi [1]. Bref, dans mes courses j'apprécie les détours pour mieux trouver le paysage, suivre en discrétion un animal, m'arrêter pour discuter avec une fleur surtout quand elle m'est inconnue et aussi avec les gens quand je ne marche pas ou ceux qui m'interpellent.
Merci Gus le gus.

Si vous trainez dans vos réseaux sur les pages montagne, vous avez sans doute constaté l'augmentation des posts, des enquêtes, etc. concernant la fréquentation de la montagne, les problèmes de surpopulation en itinéraire comme en bivouac et les conséquences concernant les déchets.
Avant, je me souviens de quelques cabanes honteusement (mais proprement dit ici vue l'état) dégueulasses ! J'ai appris jeune à ne rien laisser derrière moi (et à regarder s'il ne reste rien de mon passage avant de quitter le lieu). J'ai connu les souris opportunistes qui couraient sur mon sac de couchage ou qui tombaient d'une poutre. J'ai fini par préférer les bivouacs à la belle étoile souvent inconfortables mais onctueux, savoureux, fragrants (et silencieux...).
Je comprends que la montagne attire les gens. Ce que je ne comprends pas c'est qu'en allant dans la montagne on le fasse comme si on était chez soi : parler fort, attendre le confort, la possibilité de laisser ces déchets ("où y a-t-il une poubelle s'il vous plait ?"...) et aujourd'hui demander la carte bleue, du wifi comme si cela tombait du ciel. "On" consomme la montagne comme le bar, comme on fait les soldes, etc.
La montagne est moi, c'est toute une histoire, toute une tranche de ma vie depuis le début de mon adolescence jusqu'au moment où je suis devenu papa. Après aussi, bien sûr, j'ai côtoyé mon terrain de jeu préféré mais sans risque..., seulement de la rando (mon dernier trip avec un flot d'ados était en 1990 pour un Tour du Mont-Blanc avec nuits en refuge– excellents souvenirs malgré les refuges où je n'ai jamais trouvé mon compte).
La montagne, je l'ai parcourue été comme hiver et aussi dans l'entre deux, à pieds, à skis, en escalade, seul ou à 2, 3, 4...
Il y a longtemps que j'ai laissé derrière moi les sacs à dos trop lourds de matos d'escalade ou autres tentes et repas pour 2nuits/3jours.
Depuis la fin de ma parentalité d'enfant petit, je donne dans le léger. Et même, mes derniers 11/12kg m'ont paru pleins de superflu. Je ne rêve plus que de seulement une gourde, quelques moyens de protection et soin + un sac de fruits secs au cas où... Et si je le pouvais : RIEN d'autre qu'un appareil photo... ! Ceci est dit pour des courses de la journée évidemment avec départ avant l'aube pour me sentir devenir léger quand l'horizon s'allume timidement alors que se lèvent en moi les mots d'espoir d'un jour enfin nouveau pour l'humain et sa planète.
Là, au soir, j'aurai la satisfaction d'une journée pleine comme je l'ai eu souvent sac sur le dos, mais en plus d'une journée où la Terre m'aura provisoirement libéré de son emprise.
Que se passe-t-il à ce moment ? Je l'ai presque connu plusieurs fois lors d'ascensions rapides où il restait en moi une curieuse impression peu satisfaisante de lutter contre elle, la Terre. Sans sac je n'aurai plus qu'à me battre contre mes vieux démons, "tu n'y arriveras pas", "ton genou va flanché". J'imagine que sans sac et sans défi il ne subsiste que le poids de soi. Cela peut n'être rien, ou être tout, et dans les deux cas il ne reste qu'une chose à faire : s'ouvrir pleinement à ce qui n'est pas soi.
À cet instant on peut sortir de l'obscurité en se laissant remplir.
Les images non sourcées sont de (C) Patrick ROUSSEL
Soi et le monde voilà qui fait deux mondes entiers pour un seul bonhomme (dans mon cas). Car oui, nous sommes en permanence tendu·e·s entre notre monde intérieur si riche souvent de trop de choses et le monde extérieur si interpellant et riche de trop de choses propres à activer le monde intérieur.
C'est là entre les deux que je situe l'être s'il est besoin de lui attribuer un lieu. Pas la peau, nous ne sommes pas notre peau, mais pourtant celle-ci relève d'une nature exceptionnelle, dedans nous avons l'impression que c'est nous et dehors quelque chose d'inaccessible.
Quand on fait l'amour, pas seulement la copulation, on a besoin de ce contact direct de peau à peau. Se mettre à nu pour rapprocher les deux êtres au maximum. Et même en naturisme quand autrui se révèle sans fard, là, la peau devient le lien corporel : entre toi et moi, juste de la lumière, de l'air et de la chaleur avec un peu d'humide, rien de dense qui fasse obstacle à quoi que ce soit .; il ne s'agit alors pas de sexe ou de plaisir coquin ni de désir.
Alors que j'écrivais cela, je suis tombé sur une maxime de Krishnamurti (in Cette lumière en nous, la vraie méditation. Pages 8 et 9. Chapître : Une nouvelle conscience. Éditions Stock. 2000. :
Être à soi-même sa propre lumière : là est la vraie liberté - et cette liberté n’est pas une abstraction, elle n’est pas le fruit de la pensée.
Oui, j'ai l'impression parfois de toucher à cela quand je suis en montagne sans rien d'autre qu'elle pour guider mon pas.
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