Sujet : ANTHROPOLOGIE
Thème : Une vidéo citant A. Whats nous invite à ne pas être constant de nous-mêmes. Ce billet tente de poser des questions pour savoir si c'est judicieux ou non...
17/07/2026 : catégorie psyché,âme,esprit étiquetée moi, ego

Cette vidéo (FaceBook ou Instagram parle de vous... ou presque. Elle parle de soi en général et permet de se poser des questions. Elle cite Alan Watts :
Vous n'êtes nullement obligé d'être la même personne que vous étiez il y a cinq minutes.
N'extrapolons pas le propos de Nicolas Boulanger... Évidemment on ne change pas de corps a fortiori en cinq minutes, ceci d'autant plus que votre corps n'est pas VOUS ; on peut changer même plus rapidement mais dans une sphère plus subtile que celle du corps. Celui-ci donne une image de nous, c'est une autre évidence... Regardez un acteur : avec un seul corps il peut incarner plein d'êtres différents ! C'est remarquable, non Et dans l'histoire de la pièce racontée, le même acteur peut changer son personnage en changeant de scène (au théâtre bien sûr). Vous pouvez faire de même sans problème, c'est ce que vous dit Nicolas Boulenger dans cette vidéo. Nous ne sommes pas obligés de paraître sans cesse l'exacte même personne fidèle à nous-mêmes et finalement totalement prévisibles.
Votre image est donnée de façon très abrupte par votre corps, votre attitude, votre tenue vestimentaire, votre langage, votre gestuelle, etc. mais votre PRÉSENCE est donnée par quelque chose de plus subtile qui est bien plus proche de VOUS que votre corps. Cette chose plus subtile que la matérialité corporelle, c'est l'âme.
L'âme n'est pas un principe religieux... Tout le monde en a une (et tout le monde le sait, même les agnostiques, les incroyants, les athées, les matérialistes). C'est elle qui perçoit et qui exprime en fonction de ce perçu quand votre corps rencontre votre vécu. Je répète :
« C'est l'âme qui perçoit et qui exprime en fonction de ce perçu quand votre corps rencontre votre vécu »
(N'hésitez pas à reprendre et faire résonner cette phrase.)
Raisonnons un tout petit peu son sens en se mettant en situation : Vous vous croyez anonyme dans une foule. Une tierce personne vous prenant de loin pour une de ses connaissances vous apostrophe. Vous n'auriez sans doute pas dû vous sentir concerné·e, mais le ton, le timbre de voix, les mots prononcés ou simplement une brève sensation de présence vous interpelle (son, forme de lumière ou/et de chaleur, de parfum, etc.). Vous établissez le contact visuel et pointant l'index vers votre cœur de l'air de dire, voire en le disant "Qui ? Moi ?". L'autre, tout à son image de ce qu'il croit être vous et à sa certitude, répond à votre interrogation "bin oui, toi" avant de voir qu'il s'est mépris.
Aussitôt tout une histoire peut se construire, je vous la laisse imaginer selon votre créativité. La rencontre entre deux inconnu·e·s vient de se produire. Rencontre d'ignorance et d'excuses aussitôt arrêtée, ou rencontre opportune : l'un·e des parties renchérit, l'autre lui rend la parole, et un dialogue s'installe.
À moins qu'il soit non voyant, chacun selon son degré d'attention et d'intérêt a vu tout de suite l'autre sous la forme d'un corps vêtu (ou pas... selon les circonstances) et d'un visage nu (nous délaisserons sans a-priori le cas de la burka intégrale).
La vue permet de saisir immédiatement certains éléments, mais on peut constater que, dans la plupart des cas au premier regard, l'allure passe au second plan même si on la note intérieurement dans ses détails. On entend, on écoute, on interprète en premier. C'est ça qui participe à établir le lien entre deux inconnu·e·s ; pas le tour de taille, pas la chemise mal repassée, ni la touche déco stylistique, etc.
La communication verbale ouvre la porte à une réalité qui devrait nous paraître évidente : un intérieur communique par sa parole avec un autre intérieur par son audition (revoir les paragraphes portant sur ce sens dans la série "Nos sens" - BàP scIence)
Quand on se parle, indépendamment du sujet et de l'aspect vibratoire du son dans l'air, c'est une âme qui échange avec une autre âme (et non deux cerveaux qui communiquent !!!).
Ça, c'est l'âme, je dirais même plus, le présent de l'âme qui est actif (revoir la petite phrase évoquée plus haut). Mais cette âme n'est pas notre fondement, elle n'est pas plus qu'un lien entre les événements du monde (éventuellement ceux de notre corps) et ce quelque chose qu'on appelle "soi". Ce soi est celui qui sert à l'acteur pour changer son personnage, pour montrer autre chose que lui-même, le bon, la brute ou le truand qu'il n'est pas forcément.
Chez l'acteur, l'image est travaillée, soutenue par la mise en scène, le texte, par la prise de vue et la bande son le cas échéant, afin que le drame devienne palpable jusque dans l'âme du spectateur sinon le film n'est qu'une suite d'instantanés parallèle à une bande son ! Dans le cas du cinéma contrairement à celui du théâtre, il n'y a cohérence que fabriquée alors qu'au théâtre, tout est vrai..., en direct, d'âme à âme.
« Le théâtre n'est pas le pays du réel : il y a des arbres en carton, des palais de toile, un ciel de haillons, des diamants de verre, de l'or de clinquant, du fard sur la pêche, du rouge sur la joue, un soleil qui sort de dessous la terre. C'est le pays du vrai : il y a des cœurs humains dans les coulisses, des cœurs humains dans la salle, des cœurs humains sur la scène ».
Victor Hugo, Tas de Pierres III ( 1830-1833)
Le "cœur" de l'humain de chair et d'os, c'est son âme. C'est un lieu non physique (on ne le verra jamais sur un écran autrement qu'en simulation). C'est là qu'il a mal, là qu'il éprouve la joie, l'indifférence ou l'empathie, etc. Le cœur n'est pas le centre de l'individu. Autre chose de bien plus pérenne est sa graine, elle est en permanente et très lente germination. Elle se manifeste dans le premier échange de regard avec la mère qui vient de libérer son corps de celui qui tout à coup, après 9 mois de cocooning se retrouve à l'air libre, au sein des choses denses mais aussi des bruits qui ne sont plus étouffés, d'une chaleur fluctuante, d'une lumière brute, froide, parfois brutale (flashs...). Les odeurs prennent sens mais c'est surtout le toucher qui se met à l’œuvre avec essentiellement les mains qui iront jusqu'à toucher les pieds de ce tas de chair qu'on peut éprouver.
Dans les premiers temps de la vie, l'être est nu devant le monde. Ce corps est celui où il peut se réfugier, c'est lui qui lui transmet tout un panel de qualités qu'il va apprendre à connaître et à exploiter. Il va lentement savoir trouver refuge dans ce fragile corps qui lui raconte le monde mais dont la sollicitation le fatigue vite.
Le moi (le soi) prend possession de son corps maintenant libéré de celui de sa mère. Puis doucement selon ce que lui inflige la vie des ses parents, et celle de sa fratrie le cas échéant, il va apprendre le quotidien jusqu'à faire ses nuits et trouver un rythme dans son alimentation.
Son corps lui donne une sorte de limite par rapport au monde environnant, mais en tant qu'être il déborde, déborde, déborde. Il finira par assumer sa frustration de ne pas être LE monde par l'agréable ressenti que ce corps lui permet aussi d'éprouver.
Même en tant qu'adulte endurci, votre Moi n'a pas de dimension, il est comme un pur mouvement, une pure forme vivante à la fois dans ce qu'est l'espace cosmique et ce qui porte cet espace cosmique physique. Je vous laisse à la réflexion pour savoir si vous devez être voire si vous êtes la·le même tout le temps. Vous sentirez alors que vous êtes la même personne qu'il y a 5 minutes mais qu'en même temps tout en étant égal à vous-même vous pouvez être différent·e... on frôle-là l'histoire du chat de Schroedinger...
Images non sourcées : (C) Patrick Roussel